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Le brin d'herbe nous ressemble

Publié le par Hubert Reeves

Je découvris quelque

chose de véritablement

important : un brin

d’herbe, ou ce qui deviendrait un

brin d’herbe : pour l’heure une

radicelle, sinueuse, blanchâtre. »

Samivel. Réf : L’œil émerveillé ou la

Nature comme spectacle, Albin Michel

2002.

Ce n’est rien : ce n’est que

la promesse d’un brin d’her-

be... Puis ce sera un brin

d’herbe... si tendre, si fragile,

et qui nous invite à la contem-

plation, à la réflexion, et sti-

mule notre imagination.

Le brin d’herbe nous res-

semble. Le brin d’herbe et

nous appartenons au monde

des vivants.

Le brin d’herbe respire.

Nous aussi.

Il a besoin d’énergie. Lui la tire à la

fois de ce que ses racines puisent dans le

sol et du gaz carbonique absorbé par sa

partie aérienne. Nous sommes obligés

de prendre la nôtre dans les végétaux et,

sauf les végétariens, dans la nourriture

carnée, la chair des animaux qui se sont

nourris de végétaux.

DÉPENDANTS

Nous sommes dépendants. Dépen-

dants des autres espèces qui constituent

un réservoir alimentaire. Et si le brin

d’herbe n’a aucun besoin de

nous, nous avons besoin des

végétaux qui nous alimentent

soit directement soit indirecte-

ment via les animaux herbi-

vores par exemple.

Si l’agriculture et l’élevage

se sont substitués à la cueillet-

te et à la chasse pour beaucoup

de civilisations, nos plantes

cultivées et nos animaux do-

mestiques sont issus d’espèces

sauvages.

La domestication des animaux remon-

te à 10 000 ans lorsque les hommes ont

trouvé moins aléatoire d’avoir par

exemple des ovins, des caprins ou des

bovins en captivité plutôt que de devoir

chasser, que ce soit pour manger, pour

les faire travailler, ou pour se vêtir...

Le brin d’herbe n’a pas besoin d’un

manteau. Nous si. Et là encore ce sont

d’autres espèces vivantes qui permet-

tent de le confectionner, soit des espèces

végétales (lin et coton) ou animales (lai-

ne, soie)

Considérons donc avec reconnaissan-

ce tout ce que nous devons aux brins

d’herbe, ceux qui par millions sont

broutés, ceux qui deviendront des épis

de blé, ceux qui deviendront ciboulette,

ou mélisse.

Tous ces futurs étaient déjà contenus

dans les graines.

Quand on sème une graine inconnue,

on sait que si les conditions de sa germi-

nation sont réunies, on verra d’abord

sortir une tige fine et verte, un brin

d’herbe qui s’élance vers le ciel... mais le

temps passant, si toutes les circonstances

restent favorables, ce sera peut-être de la

folle avoine, du riz, du maïs, un noise-

tier, un hêtre, un baobab ou un cèdre...

Et mille ans après, le cèdre en majesté

aura autour de lui tout un tapis de brins

d’herbe. Chacun d’eux captera la rosée,

dirigera les gouttes d’eau vers le sol, ser-

vira d’Himalaya aux fourmis qui l’esca-

ladent, de tremplin à la coccinelle qui, de

brin en brin, danse au son de la musique

du feuillage du grand arbre...

Le frêle brin d’herbe, c’est l’image de

la vie humaine

ATTENTION « FRAGILE »

Mais comme le roseau de La Fontaine,

avec plus de souplesse encore, il sait ré-

sister aux tempêtes. Se relever.

Quant à nous, puisqu’il n’y a plus de

montagne inaccessible, il y a d’autres

défis à relever. Qui nécessitent les

mêmes qualités.

«... en face des effroyables menaces que

l’homme fait peser sur lui-même, on doit

se demander s’il pourra se sauver autre-

ment qu’en se dépassant. »

Jean Rostand

Le brin d'herbe, c'est l'image de la vie humaine

Le brin d'herbe, c'est l'image de la vie humaine

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